
Tensions politiques : Madrid sort l'arme énergétique et réduit ses flux de gaz vers le Maroc
Les relations entre Madrid et Rabat franchissent un nouveau seuil de friction. Dans un contexte de vives tensions bilatérales, notamment liées à la crise migratoire à Ceuta, l'Espagne a brutalement réduit ses livraisons de gaz naturel destinées au Maroc. Alors que les débits quotidiens s'établissaient habituellement entre 29 et 31 gigawatts-heures (GWh), ils ont chuté
Les relations entre Madrid et Rabat franchissent un nouveau seuil de friction.
Dans un contexte de vives tensions bilatérales, notamment liées à la crise migratoire à Ceuta, l'Espagne a brutalement réduit ses livraisons de gaz naturel destinées au Maroc.
Alors que les débits quotidiens s'établissaient habituellement entre 29 et 31 gigawatts-heures (GWh), ils ont chuté à environ 21 GWh par jour sur les cinq derniers jours, marquant un repli stratégique majeur, révèle le site spécialisé Attaqa
Le gazoduc Maghreb-Europe au cœur du bras de fer
Pour le Royaume chérifien, le coup est dur. Dépourvu d'infrastructures locales de regazéification du Gaz Naturel Liquéfié (GNL), le Maroc dépend intégralement du réseau espagnol pour acheminer ses approvisionnements. Rabat achète son GNL sur les marchés internationaux — principalement aux États-Unis, en Russie ainsi qu'auprès du géant Shell —, le fait transformer dans les terminaux ibériques, puis le réinjecte via le Gazoduc Maghreb-Europe (GME) en flux inversé.
Si Madrid n'a émis aucun communiqué officiel pour justifier cette baisse soudaine de près d'un tiers des débits quotidiens, l'ombre d'un levier de pression politique plane sur ce dossier. Côté espagnol, aucune précision n'a filtré quant à d'éventuels soucis techniques de regazéification ou à une baisse de demande émanant de Rabat.
Une vulnérabilité énergétique mise à nu
Cette fermeture partielle du robinet survient pourtant après un redressement spectaculaire des importations marocaine. En juillet 2026, Rabat avait enregistré un pic d'importation de 991 GWh via l'Espagne (+15,4 % sur un mois), retrouvant ses niveaux de l'année précédente après les secousses du printemps liées aux perturbations du marché mondial.
Cependant, le bilan annuel reste fragile : sur les sept premiers mois de l'année 2026, les importations globales de gaz du Maroc sont en repli de 13,2 % sur un an, totalisant 4,98 TWh contre 5,74 TWh sur la même période en 2025.
En se servant de sa position géographique et industrielle centrale dans la boucle du GME, l'Espagne rappelle sa domination sur l'approvisionnement gazier marocain. Alors que le royaume tente de diversifier son mix énergétique, cette baisse de régime imposée par Madrid démontre à quel point la sécurité énergétique de Rabat reste vulnérable aux sautes d'humeur diplomatiques de son voisin du Nord.



